Faustine Poingt : l’art de retenir le temps !
- basgimagazine
- 26 sept. 2025
- 4 min de lecture
Faustine Poingt n’a pas choisi la photographie. Elle raconte plutôt que c’est la photographie qui l’a choisie, un midi d’ennui, alors qu’elle n’avait que treize ans. Ce jour-là, sa mère, lasse de voir sa fille tirer la mine des grandes solitudes, lui tend un appareil photo.Entre ses mains d’adolescente, l’objet devient soudain une clé : celle qui ouvre la porte d’un monde où chaque instant peut être retenu, préservé, aimé à nouveau.
Elle ne l’a rendu que six heures plus tard, contrainte et forcée,comme on arrache un livre à quelqu’un qui vient de découvrir qu’il sait lire.
Issue d’une famille où l’art coulait déjà dans toutes les veines, peintres,musiciens, esprits libres , Faustine croyait n’avoir hérité de rien. Pourtant, son « art » était là, tapi dans l’ombre de la nostalgie. Enfant, elle portait déjà ce regard qui transforme les choses ordinaires en souvenirs dorés par le temps. La photographie fut alors une réponse : figer, retenir, se donner le droit d’habiter à la fois le présent et l’éternité.
Un style comme une confidence :
Mélancolique, humain, vrai — voilà comment elle définit ses images. Non pas vraies parce qu’elles se voudraient parfaites, mais parce qu’elles naissent toujours d’une émotion. Quand elle déclenche, c’est qu’elle ressent. Et son pari est simple : que celui qui regarde se retrouve, lui aussi, traversé par la même vibration. Ses clichés sont autant de journaux intimes tendus à l’autre, des miroirs où chacun peut projeter ses propres souvenirs.
Une rencontre décisive :
Un jalon essentiel de son parcours reste sa rencontre avec le réalisateur Toussaint Martinetti. D’abord sollicitée pour réaliser de simples repérages, Faustine se voit rapidement confier la photographie de plateau. Ce fut une révélation, un « coup de foudre phénoménal » dit-elle, tant le cinéma rassemblait ses passions l’écriture, la musique, la lumière. De cette expérience naît une nouvelle évidence : sa photographie n’est pas qu’un instant figé, mais un récit, une atmosphère, une mémoire vivante.
Ses pas l’ont ensuite menée vers des collaborations marquantes : une première publication dans Doolittle à seulement seize ans, une couverture pour Maquis Mag, un duo d’interview avec François Civil pour Dedicate aux côtés du journaliste Cyril Napolitano, sans oublier ses collaborations avec la production Sogni qui œuvre à faire de la Corse une terre de création reconnue. Et puis il y eut son exposition au Pavillon du Général, marquée par la perte d’un ami cher. « J’y ai mis tout mon chagrin et tout l’amour que je lui portais », confie-t-elle, rappelant combien la photographie est pour elle un outil de mémoire autant qu’une consolation.
La Corse comme matrice :
Dans son œuvre, la Corse est omniprésente. Elle en parle comme on parle d’un être aimé qu’il faut apprivoiser, mériter. La lumière y est unique, dit-elle, capable de transformer un champ en décor de western ou un rivage en cinéma italien. Photographier l’île, c’était, au départ, une tentative de gagner sa faveur. Aujourd’hui, Faustine en parle avec la douceur de ceux qui savent que le lien est scellé.
Une inspiration plurielle :
Ses influences sont multiples : Camus et ses phrases nettes comme un éclat de verre, Sofia Coppola et ses adolescentes suspendues dans un entre-deux, les couleurs tendres de Jacques Demy, les respirations de Varda, les fulgurances de Dolan ou encore les lumières millimétrées du cinéma contemporain. Elle regarde les films deux fois : d’abord pour la technique, ensuite pour l’histoire — preuve qu’elle vit les images comme d’autres respirent.
Et puis il y a la musique, sa complice secrète. Chaque morceau déclenche en elle un film intérieur. Ses écouteurs sont une porte qu’elle refuse de fermer, quitte à agacer ses proches.
La mémoire comme fil rouge :
Pour Faustine, photographier, c’est lutter contre l’oubli. « Si on ne garde pas trace, on devient fou », confie-t-elle. La photographie, c’est la mémoire offerte en partage, l’archive des émotions qui brillent même quand elles sont douloureuses. Ses expositions, ses couvertures, ses films de vacances transformés en reliques affectives : tout porte la marque de cette urgence à rendre le présent éternel.
Une sensibilité assumée :
Faustine croit que la sensibilité est une force lumineuse, mal comprise par ceux qui la jugent trop fragile. Elle la brandit comme une arme douce, un outil qui éclaire plutôt qu’il n’assombrit. Dans ses images, la nostalgie n’est jamais un poids, mais une lumière.
« Ce que je vis me manque déjà », aime-t-elle rappeler. Une phrase qui guide son travail autant que sa vie.
Et demain ?
Ses projets à venir, elle les garde jalousement secrets. Superstition oblige. Mais ses rêves sont à la mesure de son imaginaire : tapisser les murs d’Ajaccio de tirages géants, inventer des chasses au trésor photographiques, transformer une ville entière en décor vivant. Rien ne lui semble impossible dès lors qu’on y met le cœur.
Au fond, Faustine Poingt poursuit une quête simple et infinie : retenir ce qui file, donner aux instants la chance de durer. Ses photographies ne disent pas seulement « voilà ce qui fut », elles murmurent surtout : « Ce que je vis me manque déjà

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